Xème INVITE DE LABODIPLO – RADAMA RASOLOARIVONY

Ambassade (2)

Ambassadeurs itinérants malagasy du temps de la royauté (jpra)


 

Mon 10ème invité est un Malagasy qui, incontestablement, fait partie de ce corps des grands serviteurs de l’Etat et qui, de par son érudition et ses compétences, continue de compter pour l’avenir de Madagascar: Radama Rasoloarivony; ainsi que je le lui ai dit, rien que son prénom, qui rappelle notre Grand Roi Radama 1er, sonne comme une invite à l’espérance de jours meilleurs à Madagascar !…

C’est que l’élève du Collège des Jésuites de Saint-Michel d’Antananarivo qu’il fut, un établissement qui s’enorgueillit de former des têtes bien faites et bien pensantes, a ainsi suivi un parcours aussi rare qu’impressionnant : ancien élève de l’Ecole Nationale d’Administration (ENA) de France et diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris, il a gravi à Madagascar tous les hauts échelons jusqu’à devenir le conseiller spécial du Premier ministre Pascal Rakotomavo à la fin des années 1990, et par la suite celui du Ministre de l’Industrie, en y étant notamment l’élément focal de la réorganisation des services centraux du gouvernement malgache selon les exigences de la bonne gouvernance. L’étendue de ses compétences ne le retenant point dans les étroites contingences politiques, il fut aussi un conseiller écouté de Marc Ravalomanana alors que ce dernier venait de conquérir la mairie d’Antananarivo. Aujourd’hui, ce haut-fonctionnaire garde un regard attentif sur l’Histoire, les Relations internationales et les politiques publiques.

C’est notamment pourquoi il nous propose un article sur une autre figure emblématique de la diplomatie malgache –  pas toujours connu du grand public – . Il s’agit de Blaise Rabetafika. Ce personnage devenu historique est dans la lignée des grands diplomates malagasy des temps modernes (à l’instar de ses aînés qu’étaient Louis Rakotomalala, Albert Rakoto-Ratsimamanga et Pierre Razafy-Andriamihaingo) qui ont fait grand honneur à leur pays, mais qui au-delà se sont intéressés et investis dans de grandes causes internationales en y faisant valoir et prévaloir le point de vue malagasy mais aussi en y apportant leurs compétences incontestables et pleinement reconnues.

Monsieur Radama Rasoloarivony, merci donc de ce choix, et à vous la parole !

Jean-Pierre Razafy-Andriamihaingo

Lamba et nenuphars (2)

« Lambas et nénuphars » (jpra)


 

HOMMAGE A BLAISE RABETAFIKA (1932-2000)
Un serviteur de l’Etat malgache

– * –
par RASOLOARIVONY Radama (*)
Cet article est un hommage à Blaise Rabetafika, ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de Madagascar auprès de l’O.N.U. de 1969 à 1992 (fonction à laquelle il fut identifié). Je l’ai fréquenté, pendant les 7 dernières années de sa vie ; c’est une des personnes qui m’a le plus impressionné : une noble figure difficilement oubliable.
– * –  UNE FAMILLE MEMORABLE
Né le 03 Février 1932 à Antananarivo, il est le second fils d’Albert Joseph Rabetafika, instituteur et de Ramboahangimalala Hélène, tisserande. Du côté paternel, il est le petit-fils du pasteur Joseph Rabetafika et l’arrière-petit-fils de Josefa Andrianaivoravelona, pasteur de la Reine Ranavalona III qui fut exilé à la Réunion avec cette dernière. Du côté maternel, il est le petit-fils du docteur René Rahoërson, premier docteur malgache de l’Institut Pasteur de Madagascar.
Ne roulant point sur l’or, les parents surent transmettre à leurs enfants les vertus de l’honnêteté, de la dignité, du travail, de la discipline…et le sens du service de l’Etat. Les caractères des deux frères, Roland et Blaise, seront ainsi marqués par une double influence : à la rigueur et à l’austérité protestantes se superposera l’excellence aristocratique.
Etudes secondaires au Lycée Galliéni où il obtint le Bac ès Sciences à 17 ans (1949) et le Bac ès Lettres à 18 ans (1950). Départ pour Toulouse : Licence ès Lettres classiques (1953), diplôme d’Etudes Supérieures de littérature anglaise (1955) et CAPES (1956). Vaste culture et intelligence précoce pourraient qualifier son parcours académique. C’est cette même année (1956) qu’il convola en noces avec Rasoazanantsalama Jeanne ; de ce mariage naquirent un fils et deux filles.
– * –  UN PARCOURS ADMIRABLE
Après une carrière professorale en France, en Angleterre et au Lycée Galliéni, Blaise Rabetafika fut le plus jeune membre de la délégation malgache pour négocier le retour de la souveraineté nationale malgache et ce, à 28 ans (1960). Jusqu’en 1967, parcours classique du haut-fonctionnaire : Conseiller chargé des affaires culturelles et de l’information à la Haute Représentation de Madagascar en France (1960-63), Délégué permanent de Madagascar auprès de l’UNESCO (1961-63), Conseiller technique à la présidence de la République chargé des affaires de l’Afrique de l’Est (1963), Directeur de cabinet du ministre des affaires étrangères (1964-67), chargé de mission à la présidence de la République (1967).
En 1967, il entra dans la diplomatie qu’il ne quittera plus : Représentant permanent adjoint de Madagascar auprès de l’ONU ; Consul Général à New-York (1968), Représentant permanent intérimaire (1968-69), Ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire, Représentant permanent auprès de l’ONU, Ambassadeur au Canada, Ambassadeur à Cuba, Ministre plénipotentiaire (1969),
Rares étaient et sont encore les personnes qui pouvaient prétendre connaître aussi bien le monde des Nations Unies comme Blaise RABETAFIKA … A New-York, il était le maître sollicité pour ses conseils mais également redouté pour sa perspicacité. A plusieurs reprises, son savoir-faire pour redresser une situation désespérée a été reconnu (**).
Le « grand-frère », surnom affectueux donné par ses pairs, aurait dû succéder à Perez de Cuellar ou à B. Boutros-Ghali comme SG de l’ONU, selon les confidences de plusieurs anciens représentants permanents d’autres pays. Les ambitions de Madagascar étant ce qu’elles furent, le destin en a décidé autrement pour Blaise Rabetafika.
– * –  UNE AURA INCONTESTABLE
Au-delà d’une carrière riche et bien remplie (conférence générale de l’UNESCO à Paris, en 1961, conférence constitutive des Etats africains et malgaches à Lagos, conférence des chefs d’Etat constitutive de O.U.A. à Addis-Abeba, en 1963, présidence du « Groupe des 77 », en 1977, réunions au sein du Conseil de sécurité de l’ONU qu’il a présidées…), une constante se dégage : celle d’un professionnalisme indiscutable et indiscuté. « Peu de nos compatriotes savent qu’il a assumé avec brio et intelligence la présidence du Conseil de sécurité en 1985 ; ce fut l’unique période où Madagascar y a siégé » (**).
L’élection du professeur Raymond Ranjeva à la CIJ de la Haye en 1990, dont il fut la cheville ouvrière, est une des nombreuses illustrations de l’extraordinaire influence qu’il exerça auprès de ses pairs à New-York. La réélection du juge malgache en 1999, à laquelle il apporta de nouveau tout son concours, est inédite dans l’histoire de l’ONU : c’est l’unique fois où un représentant d’un pays du Sud a été réélu à ce niveau.
Lors de son passage au Palais de Manhattan, à la session de l’Assemblée générale de 1999, il a suffi d’une allusion à sa présence pour que les ambassadeurs des grands comme des nouveaux Etats aient tenu à rencontrer et à saluer celui qui fut le « Doyen ». Nous ne savions pas alors que ce serait son chant de cygne. Au fil des ans, il était devenu non seulement le « raiamandreny » mais également un mythe vivant. Il était déjà ambassadeur lorsque les actuels représentants permanents étaient encore jeunes conseillers ou parfois secrétaires de mission et n’avaient pas accès à la personne de l’ambassadeur et encore moins au « Doyen » (**)
Hormis ses innombrables distinctions honorifiques, il reçut le « Mercure d’or international », en 1985, distinction réservée aux hommes d’Etat éminents pour leur action en faveur de la paix (comme Gerald Ford, le roi Baudouin de Belgique, le président Pompidou, le président égyptien Anouar El-Sadate, le S.G. des Nations-Unies Kurt Waldheim…).
– * –  UN SERVITEUR DE L’ETAT
Avec succès, il a su négocier les différents virages sur le parcours de la diplomatie malgache. En effet, seul payait, à son avis, le langage de la vérité même s’il s’agit d’un exercice difficile (**)
Ayant horreur des initiatives brouillonnes, guidé par le souci du travail bien fait, d’une exigence et d’une rigueur reconnues, il ne cessait de répéter à ceux qui sont tentés par la poltronnerie en diplomatie : « Mentir en diplomatie coûte très cher à terme ; c’est sans intérêt car tout est connu ou le sera »… « Un de ses mérites et non des moindres, a été son souci de veiller à la promotion et à la réussite de ceux qui avaient mérité sa confiance pour la qualité de leurs prestations, quitte à s’effacer par la suite. Il avait l’intelligence des hommes, des problèmes et des situations»…Ces qualités et compétences hors pair, Blaise RABETAFIKA les a mises en œuvre entièrement au service de l’Etat malgache (**)
J’ai été impressionné par la grandeur des sentiments qui le guidaient, la fermeté de ses convictions, sa quête de l’excellence, sa rigueur intellectuelle, son aimable disponibilité, sa simplicité, sa conscience aigüe du service de l’Etat… qui expliquent son esprit de discernement, sa subtilité ainsi que son efficience opérationnelle.
Courtois et policé, mélomane de musique classique et de jazz (il est cousin germain du jazzman Serge Rahoerson)…, il peut néanmoins avoir des attitudes claires et tranchées. Attaché à ses racines, peu disert sur ce qu’il a accompli, tourné vers l’avenir, sa jeunesse d’esprit est captivante et il irradie le dynamisme sur ce qui reste à faire pour l’Avaradrano, pour l’Imerina, pour Madagascar.
SERVICE et DIGNITE : c’est le message qu’il a su transmettre à ses collaborateurs, à son entourage et à tous ceux qui l’ont fréquenté.

– * –
(*) RASOLOARIVONY Radama est un ancien élève de l’E.N.A, France et diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris. Il fut aussi un haut-fonctionnaire malgache.
(**) Cf. « Témoignage d’un ancien élève », par le professeur Raymond Ranjeva, in l’Express de Madagascar du 20/12/2000.

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Reproduction, même partielle, interdite des textes et illustrations

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4 réflexions sur “Xème INVITE DE LABODIPLO – RADAMA RASOLOARIVONY

  1. On cherche désespérément les Blaise Rabetafika, Razafy-Andriamihaingo, Rakoto Ratsimamanga… au sein des diplomates malgaches actuels.
    « Nous sommes tombés bien bas » (phrase du maréchal allemand Keitel lors de la signature de l’armistice, 09/05/1945, Berlin)

    • Cher Ami, ne désespérons pas. Si Madagascar a pu compter sur de tels diplomates à un moment donné, c’est qu’il y a des chances que nous puissions compter sur d’autres à un autre moment…! Quant aux mots de Keitel – qui sont au demeurant sans aucun rapport avec notre sujet – , c’est dès le début de la prise de pouvoir de Hitler qu’il aurait dû les prononcer…Bonne continuation !

      • Keitel, c’est parce que c’est le 09 mai 2015, date de mon commentaire. C’est vrai que ces mots (et les gros mots de Keitel qui les précédèrent) étaient surtout destinés aux Francais car le général de Lattre n’était pas prévu de signer l’armistice ; Keitel, Joukov, Tedder… furent très étonnés de cette présence française. Mais de Lattre signa aussi l’armistice du 09/05/1945, au nom de la France. Encore un « coup » réussi de de Gaulle.

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