DISCOURS DU GENERAL DE GAULLE A MAHAMASINA LE 22 AOUT 1958

De Gaulle à Mada 22.8.58

Le général De Gaulle et le président Tsiranana arrivent à Mahamasina à Antananarivo pour y prononcer leur discours respectif.


DISCOURS PRONONCE PAR LE GENERAL DE GAULLE A MAHAMASINA DANS L’APRES-MIDI DU 22 AOUT 1958

Le général prend la parole après le discours de Philibert Tsiranana, nouvellement devenu Président du Conseil du Gouvernement de Madagascar le 26 juillet 1958.

Toute la haute considération dans laquelle il tient Madagascar et les Malgaches s’exprime à travers chacun de ses mots, de même qu’il salue à sa juste valeur historique le nouveau destin d’une nation qui reprend son envol pour une Indépendance retrouvée et promise au meilleur projet à condition que les hommes et les femmes qu’elle se choisira sachent s’y attacher.

Cet envol, dépassant le cadre de la  «Loi Deferre » du 23 juin 1956 d’autonomie interne, doit se faire en deux étapes :

. tout d’abord la très prochaine proclamation de la République Malgache le 14 octobre 1958, avec son intégration au sein de la Communauté française ;

. ensuite, la pleine souveraineté internationale dix-huit mois après en juin 1960.

                                                                                *

En ce 22 août 1958, écoutons le général De Gaulle du haut de sa stature et devant une foule immense à Mahamasina, lieu sacré des proclamations solennelles depuis l’époque de la royauté malgache :

« Quelle réunion magnifique, dans un site admirable, à un moment exceptionnel ! Personne, plus que moi, veuillez le croire, n’en ressent l’impression 

Je salue d’abord les paroles émouvantes et éloquentes que vient de prononcer, pour m’exprimer le salut des populations, le Président du Conseil de Gouvernement de Madagascar. A mon tour, je salue Madagascar, je salue ce noble pays qui est lui-même, qui a son caractère et ses mœurs, qui doit avoir ses institutions.

Je salue Madagascar, terre en plein essor, remplie de ressources qu’à juste titre les hommes d’ici veulent faire jaillir et développer. Madagascar, terre avancée dans cet Océan indien qui est le chemin de l’Asie vers l’Afrique, ce qui fait que votre Ile est en permanence, et aujourd’hui surtout, exposée, et peut, d’un jour à l’autre, se trouver gravement menacée. 

En même temps, je salue la France, la France qui a fait tant et tant ici, ses administrateurs, ses soldats et ceux de ses enfants qui sont des hommes d’initiative, de courage et de valeur. C’est parce que la France est fière de ce qu’elle a accompli avec le peuple malgache qu’elle veut continuer à l’aider dans les voies nouvelles qui vont s’ouvrir. 

J’ai parlé des voies nouvelles. Tout le monde sait que nous sommes dans un moment de grand changement à tous égards, et où la France et les Territoires d’Outre-Mer, qui sont liés depuis si longtemps par tant de liens du sentiment et de l’intérêt, doivent établir leurs rapports sur des bases renouvelées. 

Ces bases, que seront-elles ? 

Ce seront celles de la Communauté, c’est-à-dire d’un régime dans lequel la Métropole et les Territoires d’Outre-Mer, notamment Madagascar, vont se fédérer librement, spontanément, à l’intérieur d’une nouvelle organisation politique, économique qui serait, en même temps, un système de sécurité.

Dans cette organisation, Madagascar aura à exercer par ses propres moyens son administration et son gouvernement intérieur. D’autre part, si Madagascar le veut, la Grande Ile mettra, comme les autres Territoires, à l’intérieur de la Communauté et dans un même domaine, la Défense, la Politique étrangère, la Politique économique, la Politique des matières premières et aussi, dans certaines conditions, la direction de la Justice, celle de l’Enseignement supérieur, celles des Communications. 

Votre Ile n’y est pas contrainte. Dans cinq semaines, le choix lui sera donné comme à tous et dans les mêmes conditions, ou d’établir, avec la Métropole et les autres Territoires, la Communauté dont je parle, ou bien de séparer son sort de celui de la France et des autres Territoires. 

Si Madagascar, comme je le crois et l’espère, ainsi que les autres Territoires, et ainsi que la Métropole, décide par le vote de tous les hommes et de toutes les femmes de mettre en commun ce que j’ai dit, de constituer cette Communauté, alors l’avenir, un grand avenir nous sera ouvert à tous. 

Car nous vivons à une grande époque, une époque d’immenses possibilités humaines, à condition que l’on forme un ensemble capable de les réaliser mais aussi à l’époque des plus grands dangers que le monde ait jamais connus. 

Possibilités humaines, parce qu’en s’associant entre peuples, on peut développer, pour le bien de tous, les ressources qui sont sur les sols et au fond des sols ; développer aussi les valeurs qui sont dans les cœurs et dans les esprits. 

Mais nous vivons, ai-je dit, au temps de très graves dangers. Car il est évident que certains peuples, mus par certains éléments, veulent sortir de chez eux pour aller chez les autres. Pour assurer la sécurité de notre ensemble contre ce danger-là, la Communauté doit être faite, et ç avec vous si vous le voulez bien. D’autant plus, qu’à l’intérieur de chaque pays menacé, se prépare une subversion qui servirait, le cas échéant, de tête de pont politique à la menace dont il s’agit. 

C’est pourquoi je fais appel, ici comme ailleurs, aux hommes de valeur, aux hommes capables, aux hommes qui veulent exercer la responsabilité de diriger le pays. 

Je leur déclare, devant tout le monde : Pour que vous soyez dignes de la tâche que vous voulez assumer, il faut que vous soyez des hommes fermes, droits et loyaux, qui ne se laissent pas emporter par le tumulte des mots, qui s’en tiennent aux positions qu’ils ont prises. Faute de cela, à la première occasion, vous serez, avec tout le reste, balayés. 

Voilà les paroles que je voulais faire entendre ici, pour Tananarive grande et noble ville, pour Madagascar, pour beaucoup d’autres peuples qui nous écoutent en ce moment, d’un bout à l’autre du monde. 

Tous ici, vous aurez, dans peu de semaines, l’occasion d’exprimer votre volonté. C’est une volonté qui portera très loin. En disant « Oui » à ce qui vous sera demandé, vous vous engagerez avec la France et les autres Territoires, en vue d’un vaste avenir. Je suis sûr de votre réponse.  

Demain, vous serez de nouveau un Etat, comme vous l’étiez  quand le Palais de vos Rois était habité, mais vous serez des hommes qui, en toute indépendance, se seront unis à d’autres hommes pour le meilleur et pour le pire. 

Mon dernier mot sera pour vous remercier tous de la splendide manifestation dont vous m’avez offert le spectacle et l’émotion. Merci à Tananarive, merci au peuple malgache et à ses dirigeants. C’est en toute conscience et de tout cœur que je crie : 

Vive Tananarive ! 

Vive Madagascar !

Vive la République !

Vive la France ! »

                                                                              **

Sur 2.150.478 électeurs inscrits, le « Oui » l’a emporté avec 1.361.801 votes, contre 391.166 « Non », 385.839 abstentions et 11.672 bulletins nuls.

La République malgache, dont la proclamation solennelle intervint le 14 octobre 1958 par le Congrès des Assemblées Provinciales de Madagascar, venait ainsi d’intégrer la Communauté française.

La seconde étape correspondant à la dissolution de la Communauté française et à la pleine souveraineté internationale de Madagascar devait intervenir dix-huit mois plus tard.

Jean-Pierre Razafy-Andriamihaingo

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Reproduction, même partielle, interdite des textes et illustrations

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NOTA : Nous avons souligné deux passages de ce discours qui nous paraissent d’une valeur prophétique et qui pourraient parfaitement s’appliquer à la période actuelle à Madagascar…

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