EXQUISE SAVEUR DES FRUITS

A l’approche des fêtes de fin et de début d’années, offrez-vous ou offrez l’un de ces tableaux !

Jipiéra, sublime nature

EXQUISE SAVEUR DES FRUITS

La famille Citron 2« La famille Citron », pastel sur papier Canson épais – JPRA – 24×32 –

Ananas« Ananas », aquarelle sur papier Canson transparent – JPRA – 21×28 –

Deux mangues frères« Deux mangues soeurs », pastel sur papier Canson – JPRA – 22×28 –

Kaki, pomme, citron 2« Kaki, pomme et citrons », pastel sur papier Canson épais – JPRA – 24×32 –

Jeune oranger« Jeune oranger », pastel sur papier Canson épais – JPRA – 18×48 –

Mangue, verre, banane, pomme« Verre de vin et ses copains », aquarelle sur papier Canson transparent – JPRA – 22×28 –

Mangues, bananes« Régime de banane et mangues », aquarelle sur papier Canson transparent – JPRA – 22×28 –

Mangues« Mangues au repos », aquarelle sur papier Canson transparent – JPRA – 22×28 –

Oranges 19« L’orange et ses amis », pastel sur papier Canson épais – JPRA – 18×50 –

Mangues dans le vent« Mangues dans le vent », aquarelle sur papier Canson transparent – JPRA – 22×28 –

Oranges 21« Grosses oranges rouges », acrylique sur papier Canson épais – JPRA – 20×48…

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MADAGASCAR, LE DROIT A L’ESPERANCE

Profusion florale 2

« Foisonnement floral » – Acrylique – JPRA – Reproduction interdite –


 

                                      MADAGASCAR LE DROIT A L’ESPERANCE

Ce 28 novembre 2018 la Haute Cour Constitutionnelle a donc proclamé les résultats définitifs du 1er tour de l’élection présidentielle malgache :

. 39,23 % pour Andry Rajoelina (la Commission Electorale Nationale Indépendante – CENI – lui avait donné 39,90%)

. 35,35% pour Marc Ravalomanana (la CENI lui avait donné 35,29%)

. et 8,82% pour Hery Rajaonarimampianina (la CENI lui avait donné 8,84%)

. les 33 autres candidats se partageant le reste…

Le taux de participation étant d’environ 54%.

                                                                                    *

Les commentateurs auront de la matière pour exercer leur art face à cette décision de la Haute Cour Constitutionnelle (HCC) dont les considérants ont l’apparence d’une rhétorique pleinement maîtrisée.

A priori, et sauf à procéder à une analyse plus poussée, on reste néanmoins sur sa faim concernant les graves fraudes notamment relevées par la mission d’observation de l’Union Européenne consistant à l’achat massif de votes par un des candidats. Car, alors que rentre dans la compétence de la HCC de déclencher sa propre enquête sur la véracité et l’ampleur des dites fraudes, il n’en a rien été. Elle s’est contentée, sans aller plus loin, de ne prendre en considération que la requête présentée par un candidat tendant à l’annulation des voix obtenues par l’auteur de telles fraudes, pour statuer que si elle est recevable, elle n’en est pas moins infondée…

Mais, in fine, étant donné le défi qui est à relever impérativement, celui de ne pas casser la dynamique électorale, prenons acte de cette décision du 28 novembre 2018 de la HCC. 

                                   LA VOIE DU SURSAUT EST DESORMAIS OUVERTE

En cela, sans aucun doute le candidat Marc Ravalomanana a fait preuve d’une prévisibilité éclairée, que sa connaissance innée des rouages institutionnels lui avait inspiré, d’ailleurs doublée d’une forme de sagesse dont il sait user opportunément. 

Car, plutôt que de chercher à batailler vainement au plan judiciaire et ayant la volonté d’aller sans tarder à l’essentiel, c’est à dire la satisfaction de l’électorat et ouvrir la voie du sursaut national, il a mis en place une véritable stratégie qui consiste, d’une part, à se désister de ses recours initiaux devant la HCC, et d’autre part, à travailler à l’élargissement de sa base électorale et à la diversification de ses alliances partisanes, mais sur des bases précises afin que la cohérence, l’exigence éthique, la mobilisation et la projection vers le présent et l’avenir soient les règles qui s’imposent à tous.

C’est à ces conditions que le candidat Marc Ravalomanana, qui contrairement à son adversaire ne s’était pas abaissé à acheter le vote des électeurs ni à les abreuver de chimériques et folles promesses lors du 1er tour, parviendra à ouvrir grande la voie du sursaut national.

Car, ce peuple souverain, meurtri dans son corps et dans son esprit, a droit à revendiquer sa juste part d’espérance, et dans cet exercice l’électeur détient un autre droit, celui légitime et inaliénable à ce que son choix soit respecté strictement, et l’observateur attentif et attentionné ne saurait avoir à se désoler de constater le naufrage d’un pays et d’un peule qui seraient désespérément privés d’avenir.

 Il s’agit, par-là, quoi qu’il arrive, d’inspirer et d’ouvrir à nos compatriotes, s’il en était besoin, le chemin à suivre dans un esprit libéré des contraintes et des craintes, pour que leur vote soit éclairé et guidé par de hautes inspirations, celles en l’occurrence qui clament les louanges de notre Tanindrazana, de la terre de nos ancêtres.

montagnes-si-belles

« Montagnes bleues », Aquarelle – JPRA – Reproduction interdite –


 

perspective infinie

« Perspective infinie », Acrylique – JPRA – Reproduction interdite –

 

                CONCLURE PAR UN VOTE FINAL QUI OUVRE UNE PERSPECTIVE INFINIE

Voilà la perspective suggérée !, en vue de laquelle il ne faut point se tromper au moment de verser son bulletin de vote dans l’urne.

A chacune, à chacun, alors, de jouer désormais pour éviter à Madagascar et aux Malgaches les bégaiements à répétition de leur triste histoire de ces dernières années…

Ce qui suppose, face au caractère clivant de la profession de foi respective des candidats en lice, mais avec ce mérite qui consiste à pouvoir reconnaître clairement où se trouve la supercherie des promesses proches du délire, et où se trouve le sérieux des objectifs et orientations raisonnés.

C’est dans cette dernière considération que doit se trouver l’expression par le vote des électeurs pour un choix de raison éclairé.

Et pour être encore plus pratique, la seule question qui vaille est : qui, en dehors d’autres considérations, est le mieux à même, de par ses compétences prouvées, de redresser résolument Madagascar actuellement en détresse ?

Afin que nous nous donnions une perspective infinie et que nos rizières redeviennent nourricières !

C’est pourquoi, résolument et en conscience, chaque électeur doit se convaincre qu’aucune voix ne doit manquer au candidat Marc Ravalomanana.

Pour que par un vote non équivoque et massivement exprimé Madagascar et les Malgaches retrouvent sourire, espoir et esprit de mobilisation pour se redresser enfin.

 

   Jean-pierre Razafy-Andriamihaingo, Expert international en Bonne gouvernance

 

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Reproduction, même partielle, interdite des textes et illustrations

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A-DIEU JEAN-LOUIS !

fleurs en hommage 8

« Hommage » – Acrylique sur papier doré – JPRA –


 

A-DIEU JEAN-LOUIS !

C’est sous cette exclamation, qui exprime la destination finale vers Dieu, et non pas le simple « Adieu » commun, que fut célébrée le 14 septembre 2018 la messe en la mémoire de Jean-Louis Castelnau.

Il était un grand ami de Madagascar et des Malgaches et à chaque fois que, comme souvent, nous nous retrouvions autour d’une bonne table à l’Automobile Club dont il était un membre éminent, c’était pour évoquer ce pays et ce peuple de son coeur où il avait notamment oeuvré comme capitaine d’industrie.

Adieu Jean-Louis

L’homme, élégant dans l’âme comme dans le maintien et la considération des autres, soucieux de faire le bien et de rendre service, défenseur de causes humanistes pour lesquelles l’application des valeurs lui importait au plus haut degré, allait toujours jusqu’au bout des choses. L’humour dans tout cela était toujours présent, et les moments partagés sous un tel climat relationnel étaient d’autant plus délicieux qu’ils s’animaient de cette manifestation de culture qu’il savait distiller sans ostentation aucune et toujours avec délicatesse.

Chacun comprendra combien grande est sa perte pour moi. Avant son brusque décès le 8 septembre 2018 à l’âge vénérable de 86 ans, nous devions d’ailleurs nous revoir en compagnie de l’ami commun Patrick Sevaistre, avec ce plaisir si empressé et gourmand – en tout cas de mon côté – en cette rentrée de septembre, tant nous nous promettions d’évoquer maints sujets, toujours à propos de Madagascar et des Malgaches, de l’évolution de ce pays trop traversé par ses propres turpitudes, de la condition de ce peuple malgache englué dans son incapacité incompréhensible à la résilience…Et surtout d’évoquer quelque voies et moyens de contribuer, si possible, à leur alléger le fardeau.

L’académicien, membre de l’Académie des Sciences d’Outre-Mer, le capitaine d’industrie, qui fut un Président très actif du CIAN, le Conseil Français des Investisseurs en Afrique, était très écouté en hauts lieux et ses avis, conseils et actions, comptaient beaucoup.

Adieu Jean-Louis 3

Ci-dessus, Jean-Louis Castelnau intervient à la Chambre de Commerce et d’Industrie de Paris (avril 2005) devant un parterre de ministres malgaches et de hauts responsables français, lors d’un colloque qu’en tant qu’ambassadeur (au centre en costume gris) j’avais conjointement organisé avec cette chambre consulaire pour promouvoir les investissements à Madagascar.


 

Et je n’oublie pas ses encouragements, qu’il me prodiguait avec une constance si amicale et bienveillante au fur et à mesure de l’évolution de mes activités, y compris pour ma peinture en assistant des heures durant au vernissage de mon exposition en décembre 2017. 

Adieu Jean-Louis 2

Oui, A-Dieu très cher et regretté Jean-Louis !

Tu me manques énormément. Je ne t’oublierai jamais. Sois béni au Royaume de Dieu.

                                                            Jean-Pierre Razafy-Andriamihaingo

 

NOTA :

J’emprunte bien volontiers au Livret de Messe en la mémoire de Jean-Louis Castelnau les deux photos si parlantes reproduites ci-dessus.

 

 

JAPONISME.

Pour lire l’article intégralement, cliquer sur le lien ci-dessous :

Jipiéra, sublime nature

Japonimse 13« Fruits bleus » – Acrylique sur papier doré – JPRA – 

                                                                  JAPONISME

« Japonisme ». Ainsi se nomme le mouvement qui, en Occident, et spécialement en France, au tout début du XIXème siècle va influencer d’une façon pénétrante un pan entier de l’art pictural, mais aussi à un moindre degré un certain style littéraire.

Ce japonisme-là prend cette année 2018 un relief particulier en France du fait du 160ème anniversaire du Traité d’amitié et de commerce entre la France et le Japon qui scelle entre ces deux nations majeures des relations diplomatiques qui ne cessent de prendre de l’ampleur d’année en année.

approche de Madagascar« L’approche » – Gouache sur papier canson épais – JPRA –


Mais pour être juste et complet, c’est dès…

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RISING STARS

                                                              RISING STARS

rising-stars-2

« Rising stars » – Acrylique sur carton doré – JPRA –


 

John Mc.Cain, Sénateur des Etats-Unis d’Amérique est mort le 25 août 2018.

Ses funérailles nationales se sont déroulées le 1er septembre, avec un hommage unanime, mais en l’absence remarquée du Président des Etats-Unis, Donald Trump, dont la présence, au demeurant , n’était pas souhaitée par John Mc.Cain dans l’expression antérieur de ses dernières volontés.

LaboDiplo ne peut pas ne pas saluer la mémoire d’un tel grand homme.

Grand était-il, en effet, de par son parcours public et politique, avec d’authentiques exigences : le service des autres et la défense des valeurs.

L’aviateur pilote de chasse qu’il était, fait prisonnier durant la longue guerre du Vietnam ne refusait-il pas sa propre libération si elle ne s’accompagnait pas de celle de ses compagnons d’infortune ? L’actif sénateur Républicain n’hésitait-il pas à braver la solidarité idéologique des siens pour dénoncer l’injustice et l’abaissement des valeurs et des principes ? Dernièrement, sa farouche opposition au Président Trump allait bien au-delà des prises de position de circonstance pour atteindre, à travers une foi d’humaniste, la quintessence de la politique.

Un homme politique de cette trempe, qu’un certain système électoral américain et le médiocre état de conscience de la classe politique du temps présent aux Etats-Unis l’ont empêché d’émerger pour accéder à la magistrature suprême, le classe dans la même catégorie qu’un Eisenhower et qu’un Kennedy qui, chacun à sa manière, avaient donné du sens et de l’aura à leur présidence pour mettre en oeuvre de véritables visions à la hauteur de la plus grande puissance du monde et des problématiques de leur temps.

« Rising stars », tels furent Eisenhower et Kennedy.

Tel fut John Mc.Cain.

Il faut espérer pour les Etats-Unis que son exemple fera des émules pour redonner espoir au peuple américain et au monde.

 

Jean-Pierre Razafy-Andriamihaingo

 

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Reproduction, même partielle, interdite des textes et illustrations

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LE MONDE NOUVEAU, LE NOUVEAU MONDE ?

Bal des baleinaux

« Le bal des dauphins » – Pastel sur papier canson épais – JPRA –


 

                                       LE MONDE NOUVEAU, LE NOUVEAU MONDE ?

C’est sous ce titre volontairement super optimiste, « Porto Alegre ou le Monde Nouveau », que dans la revue « Madagascar Magazine » (n° de mars 2001) nous rapportions les résultats et leçons à tirer des différents travaux du premier Forum Social Mondial, tenus à Porto Alegre au Brésil du 25 au 30 janvier 2001, et pour lequel, en représentation de Madagascar, nous faisions partie d’une importante délégation de l’UNESCO composée également d’experts indien, argentin, français, anglais et africain.

Disons-le tout de suite, ce « Monde nouveau » n’est pas le « Nouveau monde » que certains agitent comme une vaine incantation…

Car, il y a dix-sept ans à Porto Alegre, il s’agissait pour l’ensemble des représentants des citoyens de tous les continents d’inaugurer le troisième millénaire en offrant à la réflexion de tous une très large palette de points de vue inédits sur des thématiques dont l’acuité se vérifie tous les jours, de façon permanente et universelle, notamment :

.   « Construire un système de production de biens et de services pour tous » ; « Transformer le progrès scientifique en progrès humains » ; « Promouvoir les droits de l’Homme et garantir la santé de façon équitable » ; « Le futur des Nations unies » ; Sauvegarde des identités culturelles et protection des œuvres de l’esprit face à la commercialisation à outrance ».

Que ce premier Forum Social Mondial ait eu lieu au siège de l’Université catholique de la capitale de l’Etat brésilien de Rio Grande do Sul, un Etat en proie aux affres de la désocialisation et contre lesquelles le rôle salvateur de l’Eglise catholique n’est plus à souligner, était significativement représentatif de ce phénomène au niveau mondial.

Or, les bases mêmes de ce « Monde Nouveau » tardent toujours à être posées à cause des méfaits plus qu’évidents d’une mondialisation envahissante, en particulier dans les domaines aussi cruciaux que ceux de la santé, de l’agriculture, de l’environnement et de tout ce qui concerne la sécurité foncière.

Daurade ter

« Daurade heureuse » – Acrylique sur papier doré – JPRA –


 

                                     I – S’OUVRIR DES PERSPECTIVES NOUVELLES

L’Accord Multilatéral sur les Investissements scellé 1998 avait été un marqueur d’autant plus négatif en donnant le signal de départ d’investissements colossaux avec leurs effets dévastateurs pour la société civile et les divers métiers, que son cadre était triplement amplifié par les orientations prises au sein de l’Organisation Mondiale du Commerce, de la Banque Mondiale, et du Fonds Monétaire International.

Ce néolibéralisme triomphant, qui entendait imposer un « nouveau monde » commercialiste et technologique ne pouvait dès lors que créer en contre-point une réaction fondée sur un triptyque humaniste : Santé-Environnement-Démocratie.

Dès lors, toute la question était d’œuvrer concrètement à la définition de stratégies d’actions politiques et publiques. Au-delà des clivages idéologiques, il est heureux de constater que ces stratégies sont aujourd’hui menées, et sans aucun doute amplifiées demain, par différents cercles d’universitaires, de chercheurs, de consultants, de capitaines d’industries, des acteurs de la vie économique, sociale, culturelle et artistique, parmi lesquels des capitaines d’industrie, des acteurs de la vie sociale et culturelle, mais aussi, fort heureusement par de nombreuses personnalités politiques du monde entier. 

        2. Poser le bon diagnostic                                                  

Le fond du problème, dans son état actuel, est qu’il convient assurément de donner aux peuples d’autres alternatives que le néolibéralisme ambiant à tout va, dans lequel trop de gens tendent à se résigner.

Or, chacun a bien conscience que l’homme doit être au centre de toute entreprise ou de tout programme de développement. L’intrusion massive et systématique de la loi du marché doit être encore plus sérieusement reconsidérée qu’elle ne l’est actuellement, tant à l’intérieur de chaque pays que dans les relations internationales. Pour ne prendre que des exemples :

.  comment faire en sorte que la formation, la concentration et la distribution de la santé soient assurées de façon équitable ; comment libérer de l’emprise de l’argent l’emploi et l’environnement ; que signifie la liberté de la circulation des capitaux ; de quelle marge de manœuvre peuvent encore disposer les Etats devant la toute puissance de la finance.

La mondialisation de l’économie se caractérise essentiellement par des flux commerciaux sans cesse en croissance et en renouvellement avec, certes, une prédominance accrue des pays du nord, mais une diversification en provenance de la Chine, de l’Inde et d’autres pays nouvellement conquérants.

Ceci a un coût terrible, en particulier au détriment de l’environnement, des spécificités culturelles et des populations modestes. Quant à l’explosion des flux financiers et des investissements directs à l’étranger, ils entraînent une déréglementation accrue présentée complaisamment présentée comme un progrès, alors qu’elle n’a d’effet que de permettre aux puissants groupes multinationaux de pénétrer sans coup férir les marchés nationaux au détriment des entreprises locales.

              2. Perte de substance de la notion de service public

Au résultat de ce phénomène, ces grands groupes ont acquis un pouvoir de négociation face aux Etats, et pour peu que ces derniers soient faibles ou sans moyens, ces grands groupes exercent tout naturellement leur imperium.

Dans tout ceci, on ne parle plus – l’a-t-on remarqué ? – de développement, mais de pays « émergents » qui ont seulement réussi à maintenir une certaine croissance, mais qui peuvent à tout moment basculer dans l’impasse pour (re)devenir des « pays pauvres ». Car, ce qui caractérise cette mondialisation, c’est que le poids de la dette, l’impasse budgétaire de trop nombreux pays, l’atonie de leurs économies et leur fragilité structurelle sont considérables et augmentent dangereusement, alors même que ces grands groupes prédateurs augmentent leurs marges bénéficiaires.

Il est certain que le phénomène de la mondialisation est un processus complexe qui touche maintenant non seulement tous les secteurs économiques, mais également des mécanismes institutionnels qui, jusqu’à récemment, étaient épargnés à travers la notion générale de Bonne Gouvernance, mais qu’on assimile désormais trop souvent à la notion privatiste et réductrice de bonne gestion des affaires publiques en oubliant la notion fondatrice de service public.

Or, cette notion de « bonne gestion » ramène inévitablement à introduire des modes de gestion assimilables à ceux adoptés par les entreprises privées, délaissant irrémédiablement aux confins de la sphère étatique les prérogatives premières d’un Etat, qui sont de défendre à l’intérieur comme à l’extérieur les intérêts légitimes de tout un peuple, de garantir à tous les citoyens l’exercice des droits fondamentaux, et d’assurer à tous l’équité et la justice sociale au moyen de la mise en œuvre d’une politique de développement durable et participatif.

 poisson orange 2

« Truite heureuse » – Acrylique sur papier doré – JPRA –


 

La main-mise plus qu’inquiétante des « Gafar » (« Google », « Apple », « Facebook », Amazone » et autres entreprises-monstres) sur des pans entiers de l’économie et des finances mondiales, sans parler de leur influence grandissante sur les comportements, tout ceci sans que les Etats puissent réellement les contrôler, main-mise qui personnifie et illustre l’outrance d’une société de consommation actuelle déconnectée de tout rapport avec l’économie réelle et avec l’emploi, est patente à tous tous ces égards.

                          II – DEVELOPPEMENT DURABLE ET DEMOCRATIE

Face aux dérives constatées, il faut revenir aux fondamentaux.

De prime abord, il faut se convaincre qu’il y a certainement un lien indissociable à établir absolument et définitivement entre Développement durable et Démocratie.

Précisément, qu’entend-on par développement durable ?

Le concept, qui prend sa source dans des considérations anciennes mais qu’on a oubliées, inclut l’idée que toute entreprise industrielle ou commerciale doit intégrer une demande sociale croissante (équité sociale ou effets sociaux induits) et la dimension environnementale (prudence écologique, protection ou mise en valeur de l’environnement).

Et, l’ensemble doit s’inscrire dans la durée, tout comme il implique la participation active de la population – au niveau national comme au niveau local – à sa mise en œuvre.

D’où la notion subséquente de « développement participatif », laquelle doit être associée au concept de développement durable.

Ainsi, tout développement durable doit atteindre au moins les quatre objectifs suivants :

.  maîtrise de l’utilisation des ressources;  emploi de techniques « propres » maîtrisant la production des déchets et l’utilisation de polluants ; localisation réfléchie des activités économiques ; adaptation des modes de consommation aux contraintes écologiques et sociales (préférence étant donnée à la satisfaction des besoins plus qu’à la demande).

Il est bien évident qu’un tel concept heurte la conception libérale, encore qu’on observe depuis peu une évolution de cette dernière vers l’idée de durabilité, à preuve l’inclusion il y a quelques années de la notion de développement durable dans le préambule même du texte fondateur de l’Organisation Mondiale du Commerce (l’OMC). Rappelons aussi que la 2ème Conférence des Nations Unies sur l’Environnement et le Développement s’était achevée, dès l’année 1992, par la création d’une Commission du Développement Durable au sein des instances des Nations Unies. Et, tant le FMI que la Banque Mondiale, dans le sillage des Nations Unies, sont désormais en phase avec la notion de développement durable.

Dès lors, on comprend bien que le développement durable suppose, dans ses principes, le renforcement de la Démocratie dans ce sens où il nécessite la participation de la population à toutes les étapes des choix économiques, et ce aux niveaux national et local.

On retrouve ici la notion de Bonne Gouvernance qui ne doit pas se limiter à la seule bonne gestion des affaires publiques prise dans ses définitions exclusivement comptable et financière. Il s’agit tout à la fois de préserver et de promouvoir les valeurs sociales et traditionnelles, les cultures, optimiser le bon fonctionnement des rouages institutionnels, et intégrer dans le processus de développement les groupes minoritaires ou marginaux.

En somme, il s’agit tout simplement de mettre en œuvre les droits de l’Homme tels que :

.   le droit à un environnement sain, à une alimentation saine et suffisante, à l’éducation, au respect des cultures locales, de regard et de contrôle des affaires publiques.

         1. Implications pratiques

Parmi celles-ci, la question se pose de savoir quels sont les instruments dont l’Etat peut disposer pour mettre en œuvre une politique de développement durable.

Il y a bien sûr les mesures règlementaires et les mesures économiques, sociales et fiscales incitatives qui sont classiques. Mais, il y a aussi la notion de gestion collective des biens communs et ce qu’on appelle les mesures d’ « approches volontaires ».

La première notion consiste à promouvoir une approche participative et multidisciplinaire à la gestion des terroirs et des ressources par les populations, le transfert des responsabilités de l’Etat vers les communautés locales, une meilleure adaptation du droit foncier.

Quant aux mesures d’ « approches volontaires », elles consistent, au moyen d’une réglementation incitative à ces égards, à ce que toute entreprise industrielle ou commerciale mette en valeur les performances environnementales et sociales attendues, et ce de trois façons :

. adoption volontaire par l’entreprise d’un code de bonne conduite écologique et sociale ;

. accord environnemental et social négocié avec l’Etat, contenant pour l’entreprise des objectifs écologiques et sociaux à atteindre selon une planification déterminée, en contrepartie pour les pouvoirs publics, par exemple, d’exonérer l’entreprise de certaines règlementations domestiques ;

. édiction, par les pouvoirs publics, de cahiers des charges auxquels peuvent adhérer volontairement les entreprises en contrepartie d’une accréditation ou d’un étiquetage spécifique sur les produits qu’elles commercialisent.

       2. Développement durable et libre entreprise : même combat

Le développement durable n’entrave en aucune façon la liberté d’investir ni d’innover.

Au contraire.

Grâce à la mise en œuvre de stratégies nouvelles, il est porteur de nouveaux marchés et génère des avantages compétitifs nécessaires à la croissance.

C’est bien pourquoi, la Chambre de Commerce Internationale a décidé, en 1992, de constituer en son sein la « World Business Council for Sustainable Development » dont la charte constitutive porte le titre : « Réconcilier le développement de l’entreprise et la protection de l’environnement ». Parmi les programmes d’action alors définis, figurent « la promotion d’accords de coopération technique dans le domaine de l’environnement entre entreprises des pays industriels et des pays en développement », et « la promotion de politiques environnementales compatibles avec le maintien d’un système commercial multilatéral et ouvert ».

Certes, tous ces instruments ne sont pas nouveaux.

Par contre, leur combinaison intelligente nécessite de la part des pouvoirs publics un bon dosage et un effort d’imagination, afin de leur accorder la meilleure efficacité possible, d’éviter que les « charges » environnementales et sociales pèsent sur la croissance économique et sociale, et de ne point défavoriser les petites et moyennes entreprises par rapport aux grands groupes.

Mais, il faut bien reconnaître que si une dynamique nouvelle a été impulsée dans le domaine du développement durable, elle ne bénéficie de façon significative qu’aux pays industriels, c’est ce qui apparaît quand on regarde des projets élus par le Fonds pour l’Environnement Mondial. Quant à la Banque Mondiale, elle finance certains efforts des pays membres à fixer des priorités, à renforcer les institutions et à formuler des politiques environnementales et des stratégies de développement durable.

Cependant, certains observateurs notent qu’étant encore prisonnière de la conception libérale, elle rechigne à s’engager pleinement dans la promotion du concept de développement durable. Et puis, tant que trop de gouvernants de pays bénéficiaires d’aides pratiquent comme un sport national le détournement de fonds, la mise en place et la poursuite d’une véritable coopération internationale pour le développement durable peuvent difficilement être rendues efficaces.

Rappelons qu’en 1972, le Prix Nobel d’Economie James Tobin a lancé l’idée d’un impôt sur les transactions financières internationales à court terme, qui serait prélevé sur les transactions en devises, ceci pour réduite l’instabilité des changes et décourager les mouvements purement spéculatifs. Les recettes de la taxe – dite « taxe Tobin » – seraient affectées à l’aide au développement durable. Le PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement) a calculé qu’au taux de 0,1% la taxe Tobin procurerait environ 166 milliards de dollars US par an, c’est-à-dire deux fois plus que la somme annuelle nécessaire pour éradiquer au début du XXIème siècle la pauvreté extrême.

Cette la mise en place de cette taxe nécessite une coordination internationale, mais les Etats libéraux que sont au premier chef les Etats-Unis n’en veulent pas…

        3. Encourager une nouvelle mentalité

On voit bien que les mentalités évoluent et c’est heureux, mais pas avec le volontarisme ni la dynamique voulus…

Si aujourd’hui encore la solution libérale continue de s’imposer, demain, peut-être à l’initiative de l’Union Européenne et de la France (mais sauraient-elles réellement s’engager ?) le paysage sera plus favorable. A cet égard, il est certainement heureux, notamment pour les pays en développement, qu’il y a dix ans le projet d’Accord Multilatéral sur l’investissement (le fameux « AMI ») élaboré par l’OCDE, qui tendait à dénier à tout Etat la possibilité d’exproprier et d’édicter des règlements protecteurs afin d’encourager l’investissement et l’accès à tous les marchés, n’ait finalement pas été adopté. L’opposition déterminée de l’Union Européenne, amenée par la France, avait été nette et sans appel. C’eût été le règne absolu des grands groupes internationaux, la fin des Etats en matière de contrôle et de régulation économique, et aurait accentué les effets pervers de la mondialisation en termes d’uniformisation, de mort lente des métiers, et de préservation des spécificités sociales et culturelles des pays, tout ce que nous dénoncions au début de cet article.

Ainsi, le « Monde Nouveau » fondé sur la notion réelle de développement durable est encore loin de naître, mais le « Nouveau Monde » fondé sur un néolibéralisme révisé et prôné par certains, à défaut de renaître, ne semble pas non plus en passe de disparaître aussi facilement.

Nous sommes donc entre deux mondes, et il serait plus que temps de basculer résolument dans le « Monde Nouveau » !

 

Jean-Pierre Razafy-Andriamihaingo

 

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Reproduction, même partielle, interdite des textes et illustrations

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LE ROVA D’ANTANANARIVO (1ère partie)

Rova (vue facade principale)

Vue du Rova, du bas des douze marches de l’escalier principal d’accès, entre deux haies touffues  d’arbustes taillés (aspect existant dans les années 1950-60). Archives de l’auteur. Reproduction interdite – JPRA -.


 

LE ROVA D’ANTANANARIVO (1ère partie)

 

Nous sommes en 2018. Il y a vingt-trois ans, en cette funeste nuit du 5 au 6 novembre 1995, tout a brûlé sur la colline sacrée des souverains de Madagascar !

23 ans, c’est l’âge d’un jeune Malgache d’aujourd’hui qui, avec ses cadets ne connaîtront jamais, hélas !, les trésors de richesses inestimables du plus haut lieu de l’Histoire de Madagascar, le Rova d’Antananarivo, plus connu des Etrangers sous le nom du « Palais de la Reine » et des Malgaches sous celui de « Manjakamiadana » ! Car, un odieux incendie criminel a eu lieu il y a vingt trois ans, dont les auteurs de la destruction totale de cet Acropole et de ce Versailles malgaches ne sont toujours pas connus à ce jour !

Dès après avoir su ce crime, au nom de notre mère, ancien conservateur en chef du Rova et initiatrice de ce Musée national, nous saisissions immédiatement le directeur du Patrimoine mondial de l’UNESCO à Paris, Monsieur Bouchnaki, lequel promptement réunissait les délégués de tous les pays membres alors présents pour le Conseil exécutif de cette organisation internationale, et à l’initiative de la France et du Liban notamment, un fonds spécial pour la réhabilitation urgente du Rova est rapidement mis en place suivi de la constitution d’une équipe expertale d’évaluation des besoins qui sera dépêchée à Antananarivo. Face à cet ensemble d’initiatives, la délégation de Madagascar alors présente lors de ce Conseil exécutif de l’UNESCO, avait été naturellement approchée et sollicitée par nos soins, mais était demeurée inactive tout au long de ce processus décisionnel…! Par contre, nous tenons à louer à sa juste et grande valeur l’action décisive de Monsieur Bouchnaki cité ci-dessus.

Certes aussi, du côté malgache les opérations de reconstruction et de réhabilitation ont été décidées, mais c’est seulement sous la présidence de Marc Ravalomanana, il y a plus de quinze ans, qu’elles ont réellement débutées, lesquelles étaient jusque là tributaires des crises cycliques de la vie politique malgache, et aujourd’hui elles sont toujours en cours… Car, même si le revêtement en pierres de taille du palais de Manjakamiadana est réalisé en 2016 seulement par une grande entreprise du bâtiment et de travaux publics ( !), et non par une entreprise spécialisée et agrée en réhabilitation de patrimoines historiques, et d’ailleurs avec bien trop d’approximations, le vrai palais, lui, celui à l’intérieur de l’enceinte en pierres de taille, jadis construit en bois précieux en 1839 par Jean Laborde, n’est point réhabilité. Et, à ce jour nul ne peut dire quand il pourrait l’être…ni même quand il pourrait être prévu qu’il soit envisagé qu’il le soit…!

A titre personnel, j’avais d’ailleurs entendu de la bouche de certains ignorants – ou illuminés – une profonde et sérieuse interrogation consistant à dire : « pourquoi vouloir réhabiliter le Rova; mieux ne vaudrait-il pas qu’il demeure en ruine comme l’est actuellement le Parthenon à Athènes afin de souligner le caractère antique des lieux ? … » !!!…Belle réflexion, en effet !

Bref, on ne saurait donc sérieusement considérer que le Palais de Manjakamiadana est réhabilité.

Le bâti a donc subi – pour toujours – les aléas de l’approximation, tant le souci du respect des lieux et les techniques de réhabilitation et de restitution ont été ignorés…

En outre, jamais les trésors de richesses qui furent conservés dans les différents palais de ce Rova ne pourront, mille fois hélas !, être reconstitués !

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Il est donc primordial que ce qui suit soit rappelé pour au moins se remémorer les trésors ayant existé dans ce Rova d’Antananarivo.

Depuis sa fondation en 1610 par le roi Andrianjaka, Antananarivo, cette « cité dont l’apparence est véritablement grandiose » avec son Rova, selon une expression du voyageur A. Bruggeman, n’a pas cessée de se développer et son Rova de s’agrandir et de s’embellir au cours des deux siècles et demi pendant lesquels il fut habité et animé par les souverains malgaches.

Parmi les hautes personnalités étrangères, Charles de Gaulle et son épouse Yvonne, François Mitterrand, le roi Mohamed V et le futur roi Hassan II, l’Aga Khan, Michel Debré, Albert Sarraut, pour ne citer qu’eux, tous autrefois avaient pu goûter au charme et à la solennité des lieux sous la conduite de leur conservateur en chef.

Aujourd’hui donc, un voyage à l’intérieur de ce Rova s’impose. Pas uniquement pour le souvenir, mais en forme de célébration des lieux et pour revivre ces époques passées où se sont mêlés les faits et gestes des princes, des rois et des reines que Madagascar s’est donnée.

Avant de pénétrer ces lieux, rappelons que dans sa définition un « Rova » est une enceinte princière ou royale située sur la plus haute colline des environs, protégée et fortifiée par une palissade de bois et défendue par un fossé fortif. En l’occurrence, le Rova d’Antananarivo, posé à mille cinq cents mètres sur un imposant cube de granit avec les quatre tours du palais Manjakamiadana qui montent une garde vigilante, domine la capitale malgache de sa lourde masse grise et ocrée.

L’enceinte royale se composait d’un grand nombre de bâtiments d’importance, de styles et de factures fort divers, ceci dans un dédale de pierres et de reliques qui avait donné du fil à retordre à son conservateur en chef malgache dans ces années débutant en 1946 pendant lesquelles elles furent minutieusement inventoriées, authentifiées, décrites, classées et restaurées avant d’être exposées au public.

Plutôt que d’adopter une exégèse strictement chronologique des lieux, laissons là ce fil d’Ariane des époques et des ans pour se prendre en main et se laisser aller au gré et au hasard des dédales, des escaliers, des salles et des galeries en l’état où ils étaient durant les années fastes de la conservation de ce Rova, c’est-à-dire de 1946 jusqu’au tout début des années 1980, donc bien avant l’incendie criminel de 1995.

L’ENTREE PRINCIPALE DU ROVA

Rova (De gaulle escalier entrée)

Le général De Gaulle, lors de sa visite privée du Rova en 1953 descend les marches de l’entrée principale, guidé par notre très regrettée mère (à la droite du général), conservateur en chef du Rova. Archives de l’auteur – JPRA – Reproduction interdite.


 

L’entrée principale du Rova se situe au nord.

Avant de monter les douze lourdes marches de pierre que Radama 1er aimait escalader sur son cheval blanc, on passait entre deux canons qui servirent à donner le signal de l’exécution des corvées royales et du couvre-feu, mais surtout à tirer des salves lors de grandes occasions.

Ces canons faisaient partie d’un lot offert par le roi Georges IV d’Angleterre à Radama 1er. L’un d’eux, appelé « Besakafo » (« gourmand »), qui a malheureusement disparu depuis, officiait tout particulièrement pour saluer le retour des généraux vainqueurs ou l’avènement au trône du nouveau souverain. Plus tard, d’autres canons, de fabrication malgache, étaient disposés sur le flanc ouest du Rova, au-dessus de Mahamasina, et au nord-ouest à hauteur du quartier d’Andohalo pour la défense de la capitale durant le dernier conflit franco-malgache.

Rova (porte d'entrée) Bon

La porte monumentale du Rova. Archives personnelles – JPRA – Reproduction interdite.


 

C’est en 1865, en pleine embellie relationnelle avec l’Angleterre, que cette porte d’entrée en forme d’arche de triomphe romain fut reconstruite en pierre.

De chaque côté de l’arche deux colonnes sont reliées par une niche cintrée. Et, deux guérites taillées dans la pierre nous rappelle que l’entrée principale du Rova était gardée jour et nuit par au moins deux sentinelles. Un « Voromahery » (« aigle ») en bronze argenté surmonte cette porte monumentale, aigle faisant partie d’un lot de trois, dont les deux autres sont placés respectivement au sommet des palais « Tranovola » et « Manjakamiadana » , et confectionnés en France du temps de la reine Ranavanola 1ère.

 

Rova Voromahery

Le Voromahery surmontant la porte principale du Rova. Archives personnelles – JPRA – Reproduction interdite.


 

Ce nom de « Voromahery » était celui de la garde prétorienne du grand roi Andrianampoinimerina, qu’il désigna en 1794 pour défendre la capitale royale. Il est devenu l’emblème des souverains malgaches.

L’étiquette royale voulait que cette porte fût franchie du pied droit.

LA COUR INTERIEURE

Ici se déroulait la plupart des cérémonies officielles de réception de visiteurs étrangers.

Rova Cour carrée

La cour carrée. Vue sur la façade nord du Rova de Manjakamiadana. Archives personnelles – JPRA – Reproduction interdite.


 

C’est un vaste carré d’une grande sobriété en terre battue avec au centre une large pelouse encadrée de quatre grands pots de fleurs, à droite l’allée des ficus royaux, à gauche les sept tombeaux royaux « Fitomiandalana » et le palais « Tranovola », et en face au sud le palais « Manjakamiadana ». Devant cette pelouse, nos regards se dirigent successivement vers « la pierre des mille guerriers » (a), « la pierre de Rastida » (b), les tombeaux royaux (c) et les sept tombeaux alignés « Fitomiandalana » (d).

Rova Cour carrée 2

La façade Est de la cour carrée abrite le tombeau des reines (à gauche) et celui des rois (à droite). En arrière-plan figure le palais du Tranovola, disparu suite à l’incendie du 6 novembre 1995. Archives personnelles – JPRA – Reproduction interdite.


 

En raison de l’énorme poids des souvenirs des lieux, c’est toujours en se réfugiant dans un silence respectueux et dans le recueillement qu’on avance à pas comptés.

  • « la pierre des mille guerriers » :

C’est une grande pierre en forme de poire qui servait, dit-on, aux guerriers d’Andrianampoinimerina de se faire les muscles ! Il s’agissait en fait d’une « pierre sacrée » qui était placée à l’extrémité nord-est du tombeau de la reine Rasoherina pour en commémorer l’édification. Derrière, était placé un canon de fabrication malgache du temps de Ranavalona 1ère, provenant de l’industrie de l’armement montée par Jean Laborde à Ilafy et à Mantasoa.

Rova Cour carrée 3

Vue générale de la façade Est de la cour carrée. Entre les deux pots de fleurs se trouvait la « pierre des mille guerriers ». Archives personnelles – JPRA – Reproduction interdite. 


 

  • la « pierre de Ratsida » :

Celle-ci, un véritable monument, est plus travaillée que la précédente. Elle a été élevée à la mémoire de Ratsida qui commanda en 1830 sous Ranavalona 1ère une armée victorieuse contre le roi Tanala Tsiandroafana, mais qui fut tué au combat.

  • les tombeaux royaux :

Ils se composent du tombeau des reines, construit en 1868 à la mort de la reine Rasoherina, et du tombeau des rois, construit en 1828 à la mort de Radama 1er

Dans le premier tombeau sont rassemblés avec ceux de Rasoherina les restes des trois reines Ravanavalona, tandis que dans le second sont réunis avec ceux de Radama 1er, les restes de Radama II et de Andrianampoinimerina. C’est le général Gallieni qui en 1897 a ordonné ce rassemblement des restes royaux, ceux de Andrianampoinimerina, de Ranavalona 1er et de Ranavalona II se trouvant auparavant à Ambohimanga, ville royale sacrée, et ceux de Radama II à Ilafy, tandis que la dépouille mortelle de Ranavalona III, décédée à Alger en 1917, fut ramenée à Madagascar en 1938 seulement.

Ces tombeaux sont, selon la tradition royale et de la haute noblesse, surmontés du « Tranomasina » (« Maison sainte »).

  • les sept tombeaux alignés « Fitomiandalana » :

Ils sont quelque peu masqués par les tombeaux des reines et des rois, auxquels ils sont accolés derrière ceux-ci.

Rova tobeaux alignés

Les sept tombeaux des premiers souverains d’Antananarivo, à l’ombre de ficus. Archives personnelles – JPRA – Reproduction interdite.


 

Ce sont ceux des premiers rois d’Antananarivo depuis Andrianjaka, fondateur de la capitale royale : Andrianjaka, Andriantsitakatandriana, Andriantsimitoviaminandriandehibe, Andriamasinavalona, Andrianjakamandimby, Andriampoinimerina (à ne pas confondre avec Andrianampoinimerina !), Andrianavalonibemihisatra, auxquels on ajouta en 1897 ceux des rois d’Ambohimanga Andriantsimitoviaminandriana et Andriambelomasina, ainsi que ceux de divers autres princes et princesses dont Ranavalonandriambelomasina, mère du roi Andrianampoinimerina.

Mais en fait, comme dix rois ont successivement régné à Antananarivo de 1610 à 1794, date de la conquête des lieux par Andrianampoinimerina, les trois qui n’eurent pas l’honneur d’être ensevelis dans ces sept tombeaux sont : Razakatsitakatrandiana, détrôné ; Andriambalohery, mort de la lèpre ; et Andrianamboatsimarofy, vaincu par Andrianampoinimerina.

Le tombeau de Andrianjaka est le premier situé au sud.

Nos pas nous mènent maintenant irrésistiblement vers l’édifice le plus imposant du Rova : le palais « Manjakamiadana », le bâtiment lui-même dans ses aspects extérieurs, puis l’intérieur même de ce « grand palais » avec ses salles et ses différents aménagements !

Cet « intérieur » qui, depuis le funeste incendie du 6 novembre 1995, n’existe plus et s’est vidé des reliques qui y avaient été pieusement conservées jusque là ! Mille fois hélas !…

Du moins, pouvons-nous revivre l’existant de ce magnifique palais, ses différentes facettes et son intérieur, à travers les descriptions auxquelles nous consacrons la 2ème partie de notre récit.

Rova. itinéraire visite

Plan de situation des palais et bâtis du site du Rova d’Antananarivo et itinéraire de notre visite. Archives personnelles – JPRA – Reproduction interdite.


 

L’itinéraire de notre visite de l’ensemble du site du Rova d’Antananarivo empruntera le cheminement qui figure sur le plan ci-dessus, lequel constitue par ailleurs une sorte d’inventaire de l’existant de l’ensemble du bâti de ce Versailles malgache avant l’incendie du 6 novembre 1995.

Bonne visite !

 

Jean-Pierre Razafy-Andriamihaingo

(A suivre : 2ème partie)

 

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Reproduction, même partielle, strictement interdite des textes et illustrations photographiques

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* Récit résumé, tiré de l’ouvrage de Suzanne Razafy-Andriamihaingo, « Colline sacrée des souverains de Madagascar, le Rova d’Antananarivo », L’harmattan, 1989, 222 pages, illustrations, photos et croquis. Professeur d’Histoire de l’Art, diplômée de l’Ecole du Louvre en muséographie, chargée de mission au Musée de Versailles et des Trianon de 1942 à 1946, elle fut conservateur en chef des musées du Rova d’Antananarivo et du Rova d’Ambohimanga de 1946 à 1961 avant de devenir conseiller culturel à l’Ambassade de Madagascar au Royaume-Uni de 1961 à 1965.

NOTA :

Initialement, le présent article fut écrit et publié le 6 novembre 2013. Par un fait mystérieux il disparut soudainement l’année dernière. Or, il faisait partie d’une série de cinq articles successifs, les quatre parties suivantes ayant été publiées successivement tout au long des mois de novembre et décembre 2013 que je vous invite à lire.

Cette 1ère partie, datée de ce 19 juillet 2018 est donc une reconstitution de l’article initial écrit et paru le 6 novembre 2013.